
Derrière mon activité d’artiste il y a beaucoup de doutes, de remises en question, de détours et de renaissances tant professionnelles que personnelles. J’avais envie de partager un peu ce parcours, témoigner combien l’art, la créativité, le calme de la nature peuvent être de véritables ressources thérapeutiques.
Accepter ses failles
Après une période de travail assez intense en tant que professionnelle en santé mentale, j’ai commencé à ressentir moi-même un profond mal être. J’ai toujours eu une sensibilité particulière au monde et à mes émotions. Cette hypersensibilité m’a permis de développer des ressources et des capacités d’empathie très fortes, utiles dans mon quotidien. J’en ai fait mon métier pendant quinze ans, en tant que psychologue dans divers services hospitaliers publics.
Et puis un jour… la charge mentale représentée par ce métier est devenue trop pesante. La confrontation continuelle avec une grande souffrance, la douleur, le deuil, la maladie a fini par fragiliser mes propres ressources, entamant mon « capital énergie ». En parallèle, des événements familiaux douloureux me submergeaient de chagrin, d’angoisse.
C’est là que le « burn out » est arrivé et m’a complètement déstabilisée et privée de mes capacités habituelles. Une profonde cassure de l’être avait raison de mon activité professionnelle commencée quinze ans plus tôt. Il me fallait me reconstruire petit à petit pour retrouver le goût à la vie, au travail, aux autres. Ce que je ne savais pas encore c’est que ce serait long ! Je ne vais pas m’étendre sur cette période difficile mais outre le soutien et l’amour absolument indispensable de mes proches, c’est aussi un retour à la simplicité de la nature qui m’a beaucoup aidé.

Un burn-out est un moment intense de cassure de l’être, une mise à nu et un moment maximal de doute sur ce que va être l’avenir… L’accompagnement par des professionnels qualifiés (bilan de compétences, soutien psy, art-thérapie, méditation de pleine conscience, sport etc .) est un support très précieux. Mais il faut aussi pouvoir puiser en soi des moyens facilement mobilisables en toutes occasions, même lorsqu’on est seul.e.dans sa journée. La marche dans la nature, la photographie et la pleine conscience ont fonctionné pour moi comme un incroyable complément thérapeutique !
Je venais d’emménager dans une petite maison à la campagne où en cinq minutes à pieds je pouvais me retrouver dans les champs et les sentiers boisés. C’est à ce moment aussi qu’est arrivé dans notre vie Django, notre premier petit épagneul, adopté à la suite du décès de mon papa…. Nous en avons fait des balades complices sur les sentiers ! Aujourd’hui c’est Yoko qui m’accompagne, un autre petit épagneul tout aussi affectueux… et toutes ces expériences ont profondément aidé à ma renaissance.

Le retour du dessin dans ma vie
Instinctivement, lorsque l’envie de « faire » quelque chose est revenue en moi, c’est vers l’art et le dessin en particulier que je me suis tournée. J’avais toujours dessiné et cette pratique m’avait accompagné, telle une béquille, dans le tourment de l’adolescence. Mais depuis mes études universitaires et pendant toutes les années de travail à l’hôpital, le dessin m’avait déserté ! Je n’avais plus touché un crayon ou un bâton de fusain pour créer.
C’était pourtant une des rares pratiques qui me permettait de m’immerger complètement dans une sorte de « flow » apaisant et ressourçant. J’ai commencé à dessiner de nouveau juste pour mon plaisir, et c’est le thème animalier qui s’est tout de suite imposé à moi ! J’adorais me concentrer sur le rendu visuel d’une texture de fourrure, les piquants d’un hérisson, l’humidité d’une truffe !

Dessiner des animaux m’a aussi permis de me reconnecter au sentiment de calme et de sécurité émotionnelle dont j’avais besoin à ce moment là.. J’ai souvent eu du mal à trouver ma place dans un monde dominé par la valorisation de la performance, de la force, de l’efficacité. Le monde animal n’est pas dans le travestissement, le calcul, les deuxième et troisième degré d’une intention pas toujours bienveillante ! La relation à l’animal est vraie, authentique, sincère.
Dessiner des poils, des plumes, l’intensité d’un regard, est pour moi une forme de méditation active. J’ai pu ainsi me rendre compte que j’activais des ressources méditatives au même titre que pendant mes marches contemplatives dans la nature.
La découverte de l’écriture poétique
J’ai toujours lu et aimé la poésie toutefois, je n’osais pas écrire moi-même des poèmes et encore moins les faire lire à d’autres personnes !
En novembre 2024, après un examen pourtant anodin, on m’annonçait malheureusement un cancer du poumon droit. Débutant, tout petit, très localisé sans extensions, j’avais un pourcentage très fort de guérison si j’acceptais la chirurgie. Ainsi il me fut retiré tout un lobe de mon poumon… Aujourd’hui, même si je dois continuer régulièrement la surveillance, je me sens « guérie » (a priori) et pleine d’espoir !
Cependant, cette expérience a été extrêmement dure à vivre car elle m’a confronté à ma propre finitude, la peur de perdre la vie mais aussi le traumatisme de certains examens et ressentis physiques. J’ai eu besoin de « faire quelque chose » de toutes ces émotions, et j’ai commencé à écrire en m’aidant de ma pratique de pleine conscience méditative.
Le format court, instantané des haïkus japonais m’a tout de suite parlé. Leur cadre structurant, simple et profondément ancré dans la célébration du présent, tel qu’il se présente, m’a beaucoup aidé. J’ai pu écrire sur mes émotions et transformer mon vécu réel en un récit supportable et moins post-traumatique.


La poésie, en particulier les haïkus, est aussi une forme de méditation de pleine conscience. Elle nous offre une accès direct à notre cœur, notre sensorialité, notre perception fine de ce qui ressent plus que ce qui se donne à voir.
Il est rare à présent que je passe une semaine sans écrire au moins un haïku ou un mini poème ! Et je ne peux que vous inviter à expérimenter cette pratique, il suffit souvent juste d’ouvrir son cœur, ses yeux, ses oreilles et se laisser guider par la musique des mots !
Alors voilà, dorénavant en regardant mes dessins ou en lisant mes poèmes, vous aurez en tête toute l’intention et l’amour que j’ai pu mettre dans ces créations. C’est peut être aussi ce qui fait la différence entre l’art « généré » aujourd’hui par une IA et la création d’un humain aux prises avec son histoire, ses rêves, ses émotions… Mais ça, c’est un autre sujet !
Je vous dis à très bientôt sur ce blog, merci de m’avoir lu.
Et pour en savoir plus sur mon activité et mes prestations : ma page d’accueil

Et pour ceux ou celles qui se seront reconnu.e.s dans mes propos et qui ont besoin d’approfondir plus : syndrome d’épuisement professionnel ou burn out
Découvrez aussi le bonheur d’écrire et de lire des haïkus avec Pascale Senk

